Journal de Caiti
Une nuit sans lune, où le parfum du savon ne suffit plus.
Le destin tisse des liens bien singuliers. C’est en la compagnie désormais familière de Kioshi, et sous le regard de Myo, que j’ai pris part à notre dernière entreprise. Notre mission touchait au sacré, ou du moins à ce qui s'en rapproche le plus en ce bas monde : retrouver un chevalier de Iomedae.
La réalité de l'affaire s'est avérée bien moins glorieuse qu'une quête de chansons de geste. Point de prisonnier à délivrer par la ruse ou le fer dans un premier temps, mais un vulgaire marchandage. L'homme de foi était l'otage d'une sinistre bande de brigands. L'échange fut une épreuve de patience, un jeu de dupes où chaque parole pesait le poids d'une vie, mais le chevalier fut finalement rendu à la liberté.
Le soulagement fut de courte durée. Un tel affront ne pouvait rester impuni, et c’est d'un même élan, renforcés par le bras du chevalier retrouvé, que nous avons fondu sur le repaire de ces scélérats. Ce raid fut d'une violence rare. Le fer a croisé le fer dans un chaos de sang et de cris.
Le paroxysme de cette horreur nous attendait au cœur de leur antre, incarné par leur chef. Cet homme, que l'on disait pourtant haut placé au sein du Consortium, n'avait de noble que ses titres passés. Face à notre avancée, acculé, il n'a trouvé à m'opposer que le venin de sa langue, crachant à mon visage l'infâme qualificatif de catin. L'insulte, indigne de mon sang et de mon rang, est restée gravée dans l'air alors même que la magie noire opérait sa monstrueuse métamorphose. Sous nos yeux horrifiés, l'homme s'est liquéfié, sa chair se distordant pour devenir une masse informe, gluante et gélatineuse. Un monstre de fange. La lutte fut âpre, terrifiante, mais la justice ou la simple rage de survivre a triomphé.
Nous avons vaincu, certes. Le chef n'est plus. Pourtant, la véritable défaite est intime. J'ai beau avoir frotté mon corps jusqu'au sang, vidé une dizaine de récipients d'eau chaude et usé les meilleurs savons, rien n'y fait. Cette sensation d'une pellicule gluante, invisible et tenace sur ma peau, refuse de me quitter. Elle me colle aux membres, s'insinue dans mes pensées et soulève mon cœur d'un dégoût si profond qu'il me donne envie de vomir. Mon corps meurtri devait déjà composer avec la douleur ; il doit désormais endurer la souillure.