
Comme tous les enfants de Valen’Thar, elle reçoit une éducation stricte fondée sur la raison, la discipline et le devoir civique. Elle apprend l’histoire des guerres religieuses, la méfiance envers le divin et l’importance de servir la République. Amaliya respecte ces principes, mais son tempérament curieux et indépendant s’accorde mal avec la rigidité sociale de son pays.
À l’adolescence, elle entre en apprentissage dans les chantiers de construction de véhicules volants. Elle s’y montre douée, rapide et inventive. Sa petite taille lui permet d’accéder à des compartiments difficiles, et ses sens de beastkin en font une excellente diagnosticienne. Elle excelle surtout dans les moteurs, les stabilisateurs et les systèmes de compensation des vents.
Son talent s’accompagne cependant d’un défaut mal vu à Valen’Thar : elle improvise. Lors d’un essai technique, elle contourne une procédure pour éviter qu’un patrouilleur léger ne percute un quai. La manœuvre fonctionne, mais son initiative est jugée dangereuse et indisciplinée. Cet événement lui donne une réputation ambiguë : brillante, mais difficile à encadrer.
Avec les années, Amaliya comprend que son nom la précède toujours. Ses réussites sont attribuées à l’enseignement de son père, ses erreurs paraissent plus graves parce qu’elle est sa fille, et ses idées sont souvent considérées comme des prolongements du travail d’Orvyn. Même lorsqu’elle conçoit un système efficace de stabilisation contre les rafales d’Ironwood, les félicitations reviennent indirectement à son père.
Cette situation la ronge. Elle aime Port-Écaille, ses ateliers, ses quais, ses tempêtes et ses navires, mais elle refuse de passer sa vie à être seulement l’héritière d’un grand mécanicien. Elle veut prouver sa valeur ailleurs, dans un lieu où personne ne connaîtra son nom avant de connaître son travail.
C’est durant cette période qu’elle crée Nono, un petit robot d’assistance construit à partir d’un prototype abandonné. À l’origine simple module d’atelier, Nono devient peu à peu son compagnon de travail. Amaliya lui ajoute des bras articulés, une mémoire rudimentaire, des outils intégrés et une personnalité mécanique. Nono n’est pas parfait, mais il représente tout ce qu’elle aime dans la mécanique : l’invention, l’erreur, l’attachement et l’imprévu.
À cinquante-trois ans, encore jeune adulte pour une gnome, Amaliya reçoit une offre prestigieuse dans les chantiers de maintenance militaire de Port-Écaille. Pour beaucoup, c’est l’avenir idéal : stabilité, reconnaissance, accès aux meilleurs projets de la marine volante. Pour elle, c’est la confirmation qu’une vie toute tracée l’attend si elle reste. Les même mécaniques huilé et sans imagination et l'obligation de toujours suivre a la lettre des plan et des règles d'ingenierie qu'elle jugeais imparfait.
Elle décide alors de quitter Valen’Thar.
Son départ n’est pas une fuite contre sa famille ni contre la République, mais un refus de vivre dans une place déjà préparée pour elle. Elle rassemble ses outils, quelques plans personnels, des économies modestes et Nono. Elle quitte Port-Écaille avec l’espoir de faire fortune par elle-même, loin de l’ombre de son père et des attentes de sa ville natale.
