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Updated 23 days ago
Nul ne se souvient du jour exact où le Labyrinthe surgit du sable, mais tous s’accordent à dire qu’il naquit à la jointure des mondes anciens, là où s’effleurent les frontières de Namereth, l’empire solaire, et de Kadeshar, le royaume nocturne.
On dit que c’est dans ce berceau sacré de la civilisation, entre les deux piliers du Croissant Fertile, que le monde reçut son plus étrange miracle.
Mais tout commença, dit-on, par un vœu oublié.
Un vœu prononcé au bord du désespoir, quelque part dans les sables mouvants où nul dieu n’écoute plus. Un mortel inconnu, las de la guerre, de la misère et de la corruption des rois, appela le ciel, la terre, et tout ce qui rampe entre les deux. Et quelque chose répondit.
Un Génie ancien, né avant les trônes et les astres, éveillé par la détresse d’un cœur trop plein. Il exauça le vœu, mais à sa manière :
Il ouvrit une faille dans le monde, une Gueule Béante menant à un Labyrinthe infini, changeant, perfide. Un antre sans fin où les richesses ruisselaient, où les artefacts oubliés sommeillaient, mais où veillaient aussi les monstres, les pièges et les choses que même les étoiles ont cessé de nommer.
Le désert frémit. Le sol s’ouvrit. Et autour du gouffre, attirés par les murmures de l’or et du destin, vinrent les premiers Pionniers. Des rêveurs, des fous, des exilés. Bientôt, des campements naquirent, puis des murs, puis des rues.
Et des siècles plus tard, là où autrefois le vent seul murmurait, s’éleva Myrrhalis, l’Oasis du Vœu.
Quatre grandes puissances, issues des coins les plus reculés du monde, vinrent prendre part à ce miracle devenu chaos. Leurs intérêts divergeaient, leurs méthodes s’opposaient, mais toutes comprirent : nul ne pouvait seul revendiquer Myrrhalis.
Une alliance fragile fut scellée. Un équilibre né de méfiance plus que de loyauté.
Aujourd’hui, Myrrhalis est une cité de titans, un cœur battant de sable, de pierre et de feu, irrigué par le flot ininterrompu des aventuriers, des marchands, des pèlerins et des menteurs.
Et en son centre, le Labyrinthe sommeille. Ou bien rêve. Ou bien attend.
Peu en ressortent.
Mais ceux qui en ressortent… changent le monde.
« Trois fois cent ans, et toujours, le sable ne s’est refermé. Myrrhalis perdure. Myrrhalis se transforme. Et ceux qui l’habitent, génération après génération, ne sont jamais les mêmes. »
— Prologue du Codex des Vents, conservé au Grand Comptoir de l’Œil du Monde
"Ils n'avaient rien, si ce n'est la folie et la soif. Cela fut suffisant."
Nés de la rumeur d’un gouffre empli de merveilles, les Pionniers furent les premiers à s'aventurer sur les terres arides où le Labyrinthe avait ouvert sa gueule. Ils étaient chasseurs de fortune, parias, prêtres déchus, chercheurs de savoir interdit, et brutes sans foi ni loi.
Autour du cratère mouvant, ils dressèrent des tentes, des feux, des tours en bois sec, qu'on appelait "les Grincements", tant le vent sifflait dans leurs planches.
Les premiers décennies furent meurtrières et incertaines : chaque expédition dans le Labyrinthe rapportait de l’or et des artefacts, mais engloutissait des vies. Le monde regardait avec méfiance cet embryon de ville surgissant entre deux empires.
C’est à cette époque que furent établis les premiers contacts entre les futurs fondateurs : le Pacte de l’Aube, qui offrait déjà protection contre les horreurs du Labyrinthe ; l’Œil du Monde, qui posait ses premières pierres pour étudier les anomalies ; et le Consortium, qui flairait déjà le potentiel logistique du lieu.
L’Ordre des Arpenteurs du Voile, lui, n’apparaîtra qu’à la fin de ce siècle, sans prévenir.
"Ils n'exploraient pas pour survivre. Ils construisaient pour durer."
Portée par la promesse de richesse et d’avenir, la Deuxième Génération vit affluer des milliers de migrants, artisans, ingénieurs, érudits et colons. Myrrhalis sortit de terre comme un mirage devenu chair.
Des fondations de pierre, des aqueducs, des dômes de verre, des tours d’observation, des relais de transport, et les premières lois codifiées furent mis en place. Le Labyrinthe devint un système semi-officiel, ses accès contrôlés, ses profondeurs classifiées, ses entrées taxées.
C’est durant ce siècle que furent posées les bases du Conseil des Quatre, une table de négociation permanente entre les grandes puissances. Le fragile accord inter-faction fut scellé dans le marbre : personne ne régnerait seul sur Myrrhalis.
Cette génération fut aussi marquée par la ruée vers les Mécanismes de Voûte, ces étranges clefs magiques qui semblaient stabiliser la structure même du Labyrinthe. Des compagnies entières disparurent en les recherchant. D'autres bâtirent des fortunes. Les meilleures d'entre elles entrèrent dans la légende.
"Ils voulaient vaincre le Labyrinthe. Certains disent qu'ils l'ont réveillé."
Élevés dans une cité florissante et sophistiquée, les Conquérants furent la première génération à voir le Labyrinthe non comme un mystère, mais comme un territoire à maîtriser. Ils étaient des stratèges, des maîtres d’armes, des alchimistes de guerre, et des architectes.
Grâce aux artefacts, ils parvinrent à stabiliser le Premier Niveau du Labyrinthe, créant une zone d’accès sécurisé, utilisée à des fins d’entraînement, de commerce et de transport.
C’est aussi eux qui découvrirent les ponts planaires, ces artefacts permettant de relier certaines capitales du monde à Myrrhalis.
Mais leur hubris les mena trop loin. Vers la fin du siècle, de nombreuses expéditions descendirent au-delà du Deuxième Niveau, là où le temps et la mémoire s'effacent. Des choses anciennes furent réveillées. Certains disent que le Labyrinthe changea de rythme, comme si, blessé ou irrité, il avait commencé à réagir.
Les factions, renforcées mais méfiantes, commencèrent à ériger des murs invisibles. Les alliances craquèrent. L’âge d’or touchait à sa fin.

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