Il en extraya mon cerveau.
Avant de conclure.
« Dans la mort, tu resteras fille préférée d'Hathor. Puisse Râ t'accepter dans sa barque et te conduire aux maisons de la nuit. »
Je ne comprenais pas.
Pourquoi parlait-il de mort ?
J'étais vivante.
Je ne pouvais simplement pas bouger.
Les herbes. C'était les herbes.
Elles m'empêchaient de bouger. Elles m'empêchaient de parler.
Elles m'empêchaient même de respirer correctement. Mais j'étais vivante.
Je le savais.
Du moins... je le croyais.
Ce fut alors un groupe de femmes, dévêtues elles aussi, qui vint s'occuper de moi.
D'abord, elles recousirent mon ventre, désormais empli d'onguents et de sel.
Puis elles enroulèrent avec tendresse et délicatesse mon corps dans de longues bandelettes de lin.
Elles m'habillèrent ensuite d'un plastron, d'une coiffe et d'une ceinture faits d'or et d'ivoire, drapés de longs voiles verts.
Je sentais leurs mains sur moi.
J'entendais leurs prières.
Mais je ne pouvais toujours pas bouger.
Toujours pas parler.
Toujours pas leur dire que j'étais là.
Puis un homme arriva.
Un autre.
Celui-là portait un masque représentant le visage du Seigneur de l'Au-delà.
Il leva au-dessus de mon visage un masque mortuaire aux traits paisibles.
« Même dans la mort, tu serviras ! »
Tels furent ses derniers mots avant d'apposer le masque sur mes traits.
Puis de fermer au-dessus de moi le couvercle d'un sarcophage.
J'aurais voulu hurler.
Crier que je n'étais pas morte.
Mais les herbes me paralysaient encore.
Et je sombrai dans l'abysse et la nuit.
Pour des temps qui me parurent infinis.
Seule.
Incomplète.
Et pourtant vivante.
Du moins... c'est ce que je pensais.
Puis, un jour, la lumière m'illumina de nouveau.
Un Catfolk se tenait au-dessus de mon visage.
Il parlait dans une langue étrange à un autre humain.
Plus tard, j'apprendrai que cette langue s'appelait le Kheprasi.
Il disait : « Regarde ! Celle-là est couverte d'or ! On va être riches ! »
Lorsque je le vis se pencher au-dessus de moi, rayonnant de lumière, d'énergie...
Non... De vitalité.
Mon corps bougea de nouveau.
J'attrapai l'impertinent à la gorge.
Et quelque chose en moi se mit à boire.
Sa vie.
Son humidité.
Sa chaleur.
Je sentis quelque chose passer de lui à moi.
Ses camarades s'effrayèrent.
Mais la rage qui bouillonnait en moi les balaya.
Et je sortis doucement du tombeau dans lequel j'avais été prisonnière.
Je redécouvris le paysage désertique qui m'avait tant manqué.
Et je fus tellement fascinée que je restai là, immobile, pendant plusieurs jours.
Observant.
Le Seigneur à tête de bélier se changer en faucon.
Puis devenir scarabée.
Et disparaître dans les rivières de la nuit.
Pour revenir.
Plus brillant que jamais.
Je ne savais pas combien de temps j'étais restée là.
Je ne savais même pas combien de temps avait passé.
Mais quelque chose avait changé.
Le désert était le même.
Et pourtant...
Il ne l'était pas.
Sur l'entrée de mon tombeau, un texte parcellaire était encore visible.
« Ici repose l... de Pha...
fille préférée d'Hathor.
Neferet Se....
de Pépi I...
Que ceux qui entrent ne troublent son repos,
ou la morsure de la mort viendra les prendre. »
Neferet...
Était-ce mon nom ?
Je l'ignore.
Je retournai dans mon tombeau.
Il semblait avoir été pillé bien des fois.
La salle secrète où se trouvait mon sarcophage n'avait été révélée que récemment, après la chute d'un mur.
Mais...
Nulle trace des vases canopes.
Nulle trace de mes organes.
Une colère terrible s'empara de moi.
Je saccageai les murs de rage à l'aide d'un khopesh déposé dans mon sarcophage, ainsi qu'une vieille épée pharaonique.
Tout avait changé.
Le monde.
Les hommes.
Les langues.
Même les dieux semblaient avoir disparu.
Et cela...
Alors même que je ne me rappelais presque plus de l'ancien monde.
Je partis alors.
Entreprenant ma quête.
Retrouver mes organes.
Retrouver ce qui m'avait été volé.
Retrouver ce qui avait été perdu.
Retrouver mes souvenirs.
Retrouver Neferet.
Me Retrouver... Moi-même.