

Level
2
Experience
0 XP
Ancestry:
Devils
Class:
Gunslinger
Affiliation:
Non Affilié
Pays d'Origine:
Louvainne
Relique:
Je suis née deux fois.
La première, dans un monde qui ne m’a jamais appartenue. La seconde, dans un rôle que j’ai choisi… ou que l’on m’a patiemment appris à accepter comme une évidence.
On m’a trouvée jeune, suffisamment pour être façonnée, pas assez pour comprendre ce que l’on attendait réellement de moi. À la cour de la Reine de Louvaine, les enfants comme moi ne sont pas élevés. Ils sont… affinés. Polies comme des lames. Dressées comme des ombres. On nous enseignait l’art de sourire au bon moment, de se taire au bon endroit, d’écouter tout en ayant l’air de ne rien entendre. Et, bien sûr, de ne jamais laisser une coupe ou une promesse hors de portée.
Je faisais partie des dames de sa Majesté. Un titre flatteur pour dire que nous étions les doigts invisibles de la cour, ceux qui glissent entre les secrets, les alliances et les trahisons. Nous apprenions à servir, à observer, à retenir. Et parfois… à conclure.
On m’a donné un surnom, plus tard. La Dernière Révérence.
Je suppose qu’il y a une certaine poésie à cela. Une révérence est un geste d’humilité. Le dernier… est souvent celui que l’on ne se relève pas pour corriger.
J’ai été, dit-on, une excellente tireuse. Assez pour que l’on me remarque. Assez pour que l’on me confie des tâches que d’autres n’osaient pas même nommer. J’ai survécu à cette vie pendant un demi-siècle — ce qui, pour certains, relève déjà de l’exploit. Pour moi, cela relevait surtout de la discipline.
Puis, un détail est venu troubler l’ordre des choses.
Un homme. Une erreur. Une conséquence.
Appelez cela comme vous voulez. Les noms changent selon les conséquences qu’on souhaite éviter.
Je suis tombée enceinte.
À partir de là, les choses ont cessé d’être simples. À la cour, les vies sont utiles tant qu’elles servent quelque chose. Une grossesse… complique les équilibres. Les loyautés. Les héritages. Les silences soigneusement entretenus.
Alors j’ai fait ce que toute personne raisonnable aurait fait dans une position irrationnelle : je suis partie avant que l’on ne me dise de le faire.
Je n’ai jamais prononcé le nom du père. Ce n’était pas par romantisme, ni par protection excessive. C’était une précaution. Les vérités, dans les bonnes mains, deviennent des armes. Et certaines armes ne devraient jamais être trouvées.
Je suis entrée au service de la maison Noir Jais.
Un autre nom, une autre cour, d’autres règles… mais les mêmes dynamiques, à y regarder de près. Les puissants ont tous leurs façons de sourire en attendant de voir qui tombera le premier.
Là-bas, je suis devenue nourrice.
Oui. Nourrice.
Il y a une certaine ironie à cela, je vous l’accorde. Une femme qui a passé sa vie à apprendre à retirer celle des autres, chargée soudain de préserver les débuts de vies nouvelles. J’ai appris à bercer plutôt qu’à observer, à apaiser plutôt qu’à calculer.
La maison Noir Jais venait d’accueillir une enfant. Et moi… j’ai accueilli la mienne dans le même souffle.
Elrinnys de Noir Jais. C’est elle que j’ai nourrie, portée et élevée, aux côtés de ma propre fille, dans les mêmes murs, au même rythme, avec la même attention. Deux enfants grandissant ensemble sous ma surveillance constante, liées par une proximité que les mots formels décrivent mal.
On appelle cela “sœurs de lait”. C’est une expression pratique. Elle évite d’avoir à expliquer la nature réelle de certains liens, qui se construisent moins par le sang que par le quotidien partagé.
Ma fille, dont le nom reste encore libre d’être défini ailleurs, a grandi elle aussi dans ce cadre.
Aujourd’hui, elle mène sa propre vie. Autonome. Libre. Et, je dois le reconnaître, parfaitement capable de se passer de moi.
Elrinnys, quant à elle, a choisi une voie plus mouvementée.
Elle est devenue aventurière.
Et moi… je l’accompagne.
Pas par devoir. Ce temps-là appartient à une autre époque. Pas par contrainte non plus. Disons plutôt que, dans un monde où tout évolue, certaines présences deviennent des points d’ancrage.
Air