Et après, ça devient flou.
Il y a toujours un moment où ça devient flou.
L'odeur du vin dans mon sang.
La terre qui respire trop fort.
Les chants de mes sœurs qui deviennent des cris.
Et moi… au centre.
Toujours au centre.
Je crois que j’ai voulu ouvrir quelque chose.
Ou appeler quelque chose.
Ou demander trop fort.
Les champignons ont répondu.
Les lignivores.
Je ne savais même pas que ce mot existait avant qu’ils ne commencent à manger le bois vivant.
Le verger a crié.
Je n’oublierai jamais ça.
Après… il y a eu la vendange.
Rouge.
Pas rouge comme un fruit.
Rouge comme une erreur qui ne se referme pas.
Le vin tuait ceux qui le buvaient. Mais ils buvaient quand même.
Les hommes sont comme ça. Ils boivent même quand la terre hurle.
Et mes sœurs…
Je les ai vues se relever.
Ou peut-être que c’est moi qui les ai relevées.
Je ne sais plus.
Elles avaient de la mousse dans la gorge. Des racines dans les côtes. Elles m’entouraient.
Toujours autour de moi.
Comme si je devais rester au centre.
Puis je suis partie.
Je crois que c’est la seule chose que j’ai faite clairement.
Partir.
J’ai rencontré un vieil homme.
Un fou, disaient les autres.
Mais les autres disent beaucoup de choses.
Il m’a parlé d’un endroit.
Un endroit où les morts reviennent vraiment.
Pas en rêve.
Pas en souvenir.
Vraiment.
Et à ce moment-là…
je crois que j’ai ri.
Ou pleuré.
Ou bu.
Peut-être les trois.
Parce que si mes sœurs peuvent revenir…
alors peut-être que je ne suis pas une erreur.
Peut-être que je suis juste…
quelque chose qui n’a pas encore compris comment faire pousser les choses correctement.
Mais je sens parfois…
le vin revient.
Sans coupe.
Sans veillée.
Il monte doucement.
Et quand il est là…
je ne suis plus tout à fait moi.
Alors dites-moi…
si je les ramène…
est-ce que je serai pardonnée ?