Je suivis l'odeur encore longtemps. Puis, peu à peu, elle devint plus faible. Jusqu'à disparaître complètement. Je cherchai encore. Je reniflai l'air, tournai la tête dans tous les sens, mais il n'y avait plus rien. Je ne savais plus où aller. Je ne sais pas combien de temps j'avais marché.
Il n'y avait plus de bonnes odeurs. Plus de sons familiers. Seulement la pierre, le sable et des odeurs que je ne connaissais pas.
J'avais faim, vraiment faim. Mon ventre grondait, mon estomac se crispait.
C'était ça, avoir vraiment faim ? Je continuai tout de même.
Les bruits étaient inquiétants, la pierre dure, le sol parfois trop froid, parfois trop chaud. Mais je continuai, peut-être à cause de cette sensation d'être observé, de cette angoissante perception que quelque chose me ferait du mal si je m'arrêtais.
Je ne pouvais cependant pas continuer indéfiniment. La fatigue me rattrapa et je fini par tomber d'épuisement.
Lorsque je me réveillai, une silhouette était assise devant moi. Je relevai la tête. Je ne la connaissais pas.
Elle ne bougeait pas, alors je m'approchai.
Elle me regarda.
La silhouette prit une orange et la posa sur ma tête. Je ne sentais pas son odeur. Pourtant, j'aurais dû. Je restai immobile.
L'Homme sourit.
Je pris l'orange entre mes pattes et l'observai un instant, puis je l'épluchai. L'odeur vint chatouiller mes narines. J'observai l'Homme.
Il acquiesça.
Je pris un quartier et le mangea.
Puis je regardai mes mains.
Je les observai un instant, puis regardai de nouveau l'Homme.
Il se leva.
Je lui demanda : « Où est la sortie ? ».
Il sourit de nouveau et indiqua une direction.
Je pris le chemin qu'il m'avait montré et me dirigeai vers la sortie du Labyrinthe.
Après sa sortie du Labyrinthe, Craquotte découvrit un monde qu'il avait pourtant toujours connu. Il savait parler désormais, et pouvait enfin poser des questions sur toutes ces choses qu'il avait autrefois simplement observées.
Il apprit rapidement les mots qui désignaient ce qu'il connaissait déjà : les humains, les animaux, la nourriture, le confort, la richesse.
Il découvrit aussi que les humains avaient beaucoup de choses à raconter sur les dieux.
Mais une chose l'intéressait plus que les autres. L'Homme qu'il avait rencontré dans le Labyrinthe lui ressemblait à ce que les humains appelaient Bouddha. Alors Craquotte se mit à chercher tout ce qu'il pouvait apprendre sur lui. Il lut ses enseignements, écouta ceux qui le vénéraient et chercha à comprendre ce qu'il avait voulu lui montrer.
Plus il apprenait, plus il avait la certitude que cette rencontre n'était pas un hasard.
Alors qu'il s'acclimatait à la civilisation humaine, Craquotte fit bon nombre de rencontres, mais la personne qui le marqua le plus fut probablement Norwen, une druidesse de passage à Myrrhalis, très intriguée par cet animal éveillé.
Norwen passa du temps avec lui et devint rapidement son amie. Ils échangèrent longuement sur les animaux, la nature et la manière dont chacun percevait le monde. Norwen lui enseigna les rudiments de la voie druidique, notamment le langage secret de son ordre, mais ce qui le marqua le plus furent les excursions qu'ils faisaient pour explorer les alentours de Myrrhalis.
Craquotte appréciait particulièrement ces excursions, qui lui permettaient de découvrir les animaux et les plantes du désert, et de redécouvrir une partie du monde qu'il avait connu avant son éveil.
Un jour, Norwen prit part à une expédition dans le Labyrinthe. Craquotte ne s'en inquiéta pas outre mesure. Après tout, lui-même en était ressorti. Il pensait donc revoir son amie tôt ou tard.
Elle ne revint jamais.