Mais pour le bras gauche, celui que le souffle avait le plus ravagé, une prothèse ordinaire n'aurait pas suffi. Ses sauveurs y ont fixé une relique, un objet ancien déjà chargé d'une énergie temporelle en résonance directe avec ce qui avait blessé Aeryx . Personne, semble-t-il, ne s'attendait à ce que la fusion prenne aussi bien, la relique s'est littéralement intégrée à son corps comme si elle avait toujours dû y être, se substituant entièrement à son bras manquant plutôt que de simplement le remplacer.
C'est cette fusion qui explique la marque : à la jonction entre chair et relique, sur ce qui reste de peau organique près de son coude, une cicatrice de fractures s'est figée en permanence, la trace visible de la greffe, luisant faiblement, presque comme un signal qui clignote sans rythme régulier.
Le bras gauche de Aeryx est la relique, pas un simple bras mécanique qui l'abrite, mais l'objet lui-même, façonné en membre fonctionnel.
Aeryx ne sait pas s'il doit haïr le dragon qui l'a presque détruit ou le remercier d'avoir, indirectement, fait de lui ce qu'il est devenu. Il ignore presque tout de la nature exacte de son propre bras, pour lui, c'est une prothèse avancée, avec des pouvoirs, point final. Il ne sait pas qu'il porte littéralement une relique liée au temps greffée à son corps.
Lorsqu'il fut retrouvé inconscient non loin d'une émanation du labyrinthe, Aeryx fut d'abord pris de panique en croyant avoir atterri aux Abysses, mais le climat tempéré lui fit comprendre que ce n'était pas le cas. Il fut recueilli par une jeune femme nommée Sonia, qui trouvait cet être particulièrement étrange ; elle lui expliqua où il se trouvait : Kaptala, en Cærhys, sur le continent d'Eldrath et le nomma Aeryx . Il passa des années avec Sonia ainsi que ses parents, qui étaient ravis d'avoir une main-d'œuvre presque inépuisable. Il laboura les champs, s'occupa de la ferme avec une efficacité redoutable ; sur son temps libre, il passait ses après-midis dans la cabane du père de Sonia, qui était une sorte de bricoleur. Grâce à son processeur, bien plus performant qu'un cerveau d'être vivant, il apprit au fur et à mesure les rudiments nécessaires pour créer des choses de ses propres mains. Il finit par se dévouer corps et âme à l'idée fixe qu'il avait : une armure intégrale qui lui permettrait de transcender sa nature d'androïde. Après plusieurs mois à chercher les composants, à échouer, à apprendre et à expérimenter, il présenta son chef-d'œuvre à Sonia : une armure avec un canon intégré, tirant directement parti de son bras gauche meurtri.
Le temps passa ; grâce à son armure, il put aider les villageois de Kaptala lorsque des bêtes, pas très dangereuses, se rapprochaient ou terrorisaient les villages voisins. Après quelques années, les parents de Sonia moururent paisiblement de vieillesse, et Sonia, qui était dans la trentaine, supplia Aeryx de l'emmener voir d'autres pays, d'autres paysages, elle n'avait jamais vu de déserts, d'étendues glacées... Elle vendit alors l'exploitation de feu ses parents, puis ils achetèrent un passage vers le continent central d'Elenthar : Khepra.
C'est ainsi qu'au cours de leur pérégrination, ils finirent par passer non loin d'une émanation du labyrinthe. Le bras gauche de Aeryx se mit à vibrer ; une sensation de mal-être, de déjà-vu et, en même temps, de curiosité profonde l'envahit. Il fit part de son ressenti à Sonia, qui partit quérir des informations auprès de différents habitants des villes par lesquelles ils passaient, et ils apprirent qu'une ville était la conséquence directe du labyrinthe : Myrrhalis. Ils se mirent en chemin et arrivèrent dans cette ville cosmopolite afin d'en apprendre davantage sur ce qu'était vraiment le labyrinthe, pourquoi le bras d'Aeryx réagissait à chaque approche, et quel lien entretenait réellement avec lui, c'est dans ce but qu'il se rapprocha des 4 grandes organisations de Myrrhalis et tout particulièrement de l'Œil du Monde qui s'est spécialisé dans l'exploration du labyrinthe.