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Level
2
Experience
3 XP
Gold:
40
Ancestry:
Fleshwarp
Class:
Fighter
Affiliation:
Pacte de l'Aube
Pays d'Origine:
Solareïs
Relique:
Life
Completed:
1
Most recent:
27 days ago
Nox Valen aurait dû être une promesse de Solareïs. Né parmi les hauteurs d’un royaume suspendu entre les brumes inférieures et les sanctuaires supérieurs, il grandit dans une culture où l’ascension physique ressemblait toujours à une ascension spirituelle, où la lumière, la pureté du corps et la discipline de l’âme formaient les piliers d’une même foi. Solareïs vivait sous le regard de ses temples, de ses ordres et de ses dogmes, et l’on y apprenait très tôt qu’un corps devait être tenu comme un sanctuaire. Chez Nox, cette idée prit une forme presque prophétique : il portait dans le sang une marque draconique. Son regard doré, sa résistance au froid des hauteurs, son calme étrange pour un enfant, tout cela fut interprété comme le signe d’un destin supérieur. On ne vit pas seulement en lui un garçon doué, mais un futur protecteur, un scion draconique que l’on pourrait un jour offrir au royaume comme une preuve vivante de la faveur de la Lumière.
On l’éleva donc avec rigueur. Nox apprit à respirer avant de souffrir, à garder son arme stable malgré la douleur, à reconnaître les signes des maladies étranges et des corruptions de la chair. On lui enseigna que certaines mutations n’étaient pas seulement des accidents du corps, mais les symptômes d’un désordre plus profond, d’une souillure à contenir avant qu’elle ne contamine le monde. Pourtant, malgré les sermons et les entraînements, Nox conserva une faiblesse que ses maîtres ne surent jamais vraiment corriger : il avait trop de compassion. Là où on lui demandait de voir l’impureté, il voyait d’abord la peur. Là où l’on parlait de purge, il pensait à la main du malade serrée autour d’un drap, à une voix qui demandait encore de l’aide, à une famille que personne n’avait osé prévenir.
Cette compassion le conduisit vers les strates basses, auprès des soigneurs-chasseurs chargés des cas que les hospices ordinaires ne pouvaient plus accueillir. Là, loin des clochers dorés et des processions propres, Nox découvrit une Solareïs plus humide, plus sombre, plus humaine. Il vit des morsures qui ne cicatrisaient pas, des fièvres qui faisaient murmurer des langues inconnues, des os qui bougeaient lentement sous la peau, des patients qui pleuraient encore alors que leurs mains se contractaient déjà comme des griffes. Il apprit à nettoyer une plaie, poser un garrot, maintenir un corps en convulsion, mais aussi à saisir une arme quand la guérison devenait mensonge. C’est là qu’il choisit la faux. Ce n’était pas l’arme noble qu’on attendait d’un enfant promis aux hauteurs, mais elle lui semblait honnête. Une faux sépare. Elle coupe ce qui ne peut plus être sauvé. Elle porte en elle le geste du moissonneur et celui du chirurgien, la fin du cycle et l’acte nécessaire. Pour Nox, elle devint une arme de dernier recours et s’il arrivait à temps, il soignait ; s’il arrivait trop tard, il voulait au moins ne pas prolonger la souffrance.
Puis vint l’incident qui brisa sa trajectoire. On l’envoya avec une petite équipe dans un hospice de quarantaine, aux limites des zones basses. Officiellement, il n’était qu’un soutien martial : protéger les soigneurs, surveiller les accès, contenir les patients dangereux. Mais quelque chose avait déjà mal tourné. Les couloirs étaient trop silencieux. Des lits étaient vides, des sangles déchirées de l’intérieur, des dossiers brûlés à moitié. Sur plusieurs corps, Nox remarqua des traces de piqûres régulières qui ne correspondaient à aucun traitement déclaré. Il n’eut pas le temps d’interroger qui que ce soit. Les portes des salles inférieures cédèrent, et les malades sortirent.
Certains n’étaient déjà plus que des bêtes. D’autres avaient encore assez d’esprit pour pleurer pendant que leurs corps attaquaient. Nox combattit comme on le lui avait appris, mais sans la froideur que ses maîtres espéraient. Il protégea deux apprentis soigneurs, tira une patiente hors d’une salle envahie par la fumée, et tua pour la première fois quelqu’un qui prononçait encore son propre nom entre deux spasmes monstrueux. Pendant la fuite, il fut blessé : une morsure au flanc, une entaille près de la mâchoire, trop d’air vicié dans les poumons. Rien qui aurait dû condamner un scion draconique. C’est ce qu’on lui répéta lorsqu’on l’isola.
Au début, on parla de traitement préventif, de stabilisation, de purification. Nox voulait encore croire qu’on cherchait à le sauver. Mais les soins devinrent vite des expériences. Les chirurgiens ne regardaient plus sa douleur comme un problème, mais comme une donnée. Ses supérieurs ne parlaient plus de lui comme d’un patient, mais comme d’un potentiel. Son sang draconique ne rejetait pas la corruption, il l’endurait. Et cela les intéressait. Les premières injections calmèrent la fièvre, mais changèrent ses yeux. Ses sclères devinrent noires, comme si l’ombre s’était installée dans son regard, tandis que ses iris prirent une lueur jaune, fixe et brûlante. Puis vint la mâchoire. La chair autour de sa bouche se fendit, se contracta, puis cicatrisa de travers. Ses lèvres se déformèrent, des dents nouvelles poussèrent, et son visage conserva l’apparence d’un sourire mutilé qu’il ne contrôlait pas.
Après cela, il cessa de se regarder dans les miroirs.
On lui donna un masque, ou peut-être le prit-il lui-même. Il comprit seulement qu’on ne cherchait plus vraiment à lui rendre ce qu’il avait perdu. On voulait savoir jusqu’où il pouvait survivre. Il n’était pas encore un échec. Pas encore une réussite. Un sujet instable, mais prometteur. Alors Nox s’enfuit avant qu’ils décident ce qu’il devait devenir. Il ne détruisit pas le laboratoire. Il ne tua pas les responsables. Il ne révéla pas la vérité à Solareïs. Il était trop faible, trop fiévreux, trop perdu. Il profita d’une nuit de désordre, reprit sa faux, quelques outils médicaux, un manteau sombre et son masque noir, puis descendit vers les brumes avant qu’on ne puisse le remettre sur une table.
Après sa fuite, Nox ne trouva pas immédiatement une nouvelle foi. Les chants de Solareïs lui revenaient encore, malgré lui, comme des réflexes inscrits dans les os : laver ses mains avant de soigner, tenir sa lame avec une rigueur presque rituelle, murmurer quelques mots de purification devant une plaie infectée. Il aurait voulu arracher tout cela de lui. Puis, dans un modeste lieu de veille funéraire, il entendit une prière adressée à Yhalena, Celle qui Accueille. Il n’y avait là ni temple éclatant, ni prêtre solennel, seulement une lanterne couverte, une pièce basse, un corps sous un drap, et une vieille femme qui lui demanda s’il savait rester silencieux auprès des morts. Nox resta. Pour la première fois depuis longtemps, personne ne lui parla de pureté, de faute ou de corruption. On parla seulement de repos, de terre offerte aux morts, de mémoire apaisée, de l’équilibre fragile entre vie, mort et renaissance. Yhalena n’était pas la lumière qui juge ; elle était celle qui accueille. Et Nox, qui avait vu tant de corps traités comme des déchets d’expérience, comprit soudain la violence qu’il y avait à refuser le repos aux victimes
Plus tard, il apprit aussi le nom de l’Ankou, le Dernier Mort de l’Année, le Faucheur du Silence. Cette figure ne venait pas hâter la mort, ni tuer par cruauté : elle veillait à ce que la fin ne soit ni volée, ni prolongée par orgueil, ni déformée par la peur. Sa faux ne représentait pas le massacre, mais la charge de couper les liens qui retiennent les âmes, les douleurs et les regrets au seuil du passage. Pour Nox, ces mots furent plus lourds que tous les sermons de son enfance. Ils nommaient exactement ce que ses anciens maîtres avaient trahi. Ils n’avaient pas sauvé la vie. Ils avaient refusé la fin. Ils avaient forcé la chair à continuer lorsque la personne à l’intérieur commençait déjà à disparaître. Depuis ce jour, lorsqu’il doit abattre une créature encore assez humaine pour que cela lui brise quelque chose, Nox ne dit plus qu’il termine le travail. Il murmure seulement : « Que ta fin ne soit plus volée. »
Et dans les nuits les plus profondes, quand il rêve encore des salles basses, des fioles, des sangles et des voix calmes qui parlaient de son corps comme d’un résultat, Nox adresse une prière plus sombre à Ereshkigal, la Lanterne des Âmes. Il ne la prie pas pour être consolé. Il la prie parce qu’elle règne sur ce que les autres refusent de regarder : les profondeurs, les vérités enfouies, les pactes liés par le sang et l’ombre, les âmes oubliées que le monde ne veut plus nommer. Elle est la gardienne silencieuse de ce qui demeure quand les masques tombent. À elle, Nox confie les secrets qu’il porte encore, les noms qu’il n’a pas osé prononcer, et la certitude qu’un jour il devra redescendre vers ceux qui l’ont transformé.
Aujourd’hui, Nox Valen n’est plus l’espoir doré que Solareïs voulait exhiber, mais il n’est pas non plus le monstre qu’ils ont failli fabriquer. Il n’est qu’au début de sa route : un jeune chasseur masqué, encore fragile, encore hanté, assez formé pour survivre, pas assez puissant pour affronter ceux qui l’ont changé. Sa faux est simple, sa maîtrise imparfaite, son corps parfois douloureux. Sa mâchoire tire lorsqu’il parle trop longtemps. Ses yeux effraient ceux qui croisent son regard. Son masque est autant une protection qu’une pudeur. Pourtant, il avance. Il soigne quand il arrive assez tôt. Il chasse quand il arrive trop tard. Et quelque part, entre la discipline brisée de Solareïs, l’accueil de Yhalena, le silence de l’Ankou et les profondeurs d’Ereshkigal, Nox commence seulement à comprendre ce qu’il veut devenir.