Monteiro Danny est de ces hommes que l'on n'oublie pas, qu'on le veuille ou non. Tout chez lui est une affaire de regard, dans sa façon de se tenir, de relever le menton, de toiser le monde comme s'il montait en scène à chaque instant. On le compare parfois à un paon, parce qu'il semble vivre pour être vu. Sous cette assurance se cache pourtant un combattant redoutable, qui prend un plaisir presque cruel à dominer et humilier ceux qui osent le défier.
Sa chevelure plaquée en arrière, d'un blond presque blanc, laisse tomber quelques mèches désordonnées sur son visage mat. Fier, provocateur, parfois théâtral jusque dans sa manière de combattre, Danny ne s'impose qu'une seule règle : ne jamais offrir un combat ennuyeux à ceux qui le regardent.
Il n'est pas du genre à taire son passé. Il suffit souvent d'un feu, d'un peu de vin et d'une oreille attentive pour qu'il se mette à parler de lui.
Je suis né dans les bas-fonds de Puentes, sans nom et sans le sou. Un gamin de plus dans la poussière, promis à crever aussi anonyme qu'il était venu au monde. Là où j'ai grandi, un homme sans rien n'a qu'un seul endroit où exister, et cet endroit, c'est l'arène. Alors j'y suis monté. De toute façon, les autres chemins ne menaient nulle part : mourir de faim dans un caniveau, se faire égorger pour une pièce volée, ou finir dans le déshonneur sans que personne retienne ton nom. L'arène, au moins, t'offrait une chance de mourir debout.
Le sable, la foule, les cris, c'était fait pour moi. Personne ne se souciait d'où je venais. On voulait seulement savoir si j'étais capable de mettre quelqu'un à genoux ce soir-là. Et je les mettais à genoux, tous, en prenant mon temps. Car j'avais compris une chose que les autres champions avaient peut-être oubliée : les gens ne viennent pas voir un homme mourir, ils viennent voir un homme tomber. Un seigneur humilié dans la poussière par un va-nu-pieds, voilà ce qu'on raconte encore le lendemain dans les tavernes.
À force de victoires, je me suis fait un nom. Et un nom, à Puentes, ça vaut parfois plus qu'un titre. On ne me fermait plus les portes, on m'invitait à les franchir. Une grande maison a fini par m'acheter. J'étais devenu une arme, un message qu'on envoie aux rivaux, une dette qu'on règle au grand jour. J'aimais ça. J'aimais trop ça, sans doute.